Des milliers de victimes, aucune repentance : les gangs veulent maintenant parler de réconciliation !
Pendant des années, les groupes armés ont fait de la souffrance du peuple haïtien leur principale marque de fabrique. Meurtres, enlèvements, viols, incendies de maisons, pillages, déplacements forcés, fermeture d’entreprises et destruction de rêves : le bilan de leurs exactions est immense. Des milliers de familles ont été brisées, des enfants ont grandi dans la peur, des parents ont perdu leurs proches et des citoyens ont été contraints d’abandonner leurs maisons pour échapper à la violence. Derrière chaque victime, il y a une histoire, une famille meurtrie et une vie bouleversée.
Aujourd’hui, alors que les opérations militaires s’intensifient contre les groupes armés, certains de ceux qui ont contribué à plonger le pays dans cette tragédie évoquent le dialogue national, la paix et la réconciliation. Wilson Joseph, alias « Lanmò 100 Jou », chef du groupe 400 Mawozo, appelle notamment à une trêve militaire et annonce sa participation à une manifestation pacifique le 18 novembre prochain à la Croix-des-Bouquets. Mais une question fondamentale se pose : après tant de sang versé, tant de vies détruites et tant de souffrances infligées à la population, au nom de quelle légitimité ces groupes réclament-ils aujourd’hui une place à la table du dialogue ?
Le dialogue est certes un instrument essentiel pour résoudre les crises, mais il ne saurait devenir un raccourci permettant à ceux qui ont terrorisé la population d’échapper à leurs responsabilités. La paix ne signifie pas l’effacement de la mémoire des victimes, encore moins l’impunité pour les auteurs de crimes graves. Les familles des personnes assassinées, les anciens otages, les femmes victimes de violences sexuelles et les milliers de déplacés ont-ils été consultés avant que ces groupes ne parlent de réconciliation ? Qui leur demandera pardon ? Qui réparera les maisons détruites, les vies brisées et les années volées ?
Le peuple haïtien peut-il réellement pardonner à ceux qui ont transformé son quotidien en cauchemar ? Le pardon ne se décrète pas dans un communiqué et ne s’obtient pas simplement en prononçant les mots « paix » et « réconciliation ». Il suppose la reconnaissance des crimes commis, des actes concrets de repentance, la fin définitive des violences et, surtout, la justice pour les victimes. Ceux qui réclament aujourd’hui une trêve doivent comprendre que la population a également droit à une trêve dans la peur, les balles, les enlèvements et les déplacements forcés. La souffrance du peuple ne peut être reléguée au second plan pour satisfaire les ambitions ou les intérêts de ceux qui détiennent des armes.
Haïti a besoin de paix, mais pas d’une paix négociée au prix de l’oubli et de l’impunité. Le dialogue national ne doit pas devenir un mécanisme de blanchiment politique ou moral des groupes armés. Il doit placer les victimes au centre de toute démarche et s’accompagner de garanties vérifiables, de désarmement effectif et de reddition de comptes. Car une question demeure, et elle mérite une réponse : après tout le mal qu’ils ont fait et continuent de faire à la population haïtienne, les bandits armés peuvent-ils vraiment espérer obtenir le pardon d’un peuple qu’ils ont tant fait souffrir ?

