Wednesday, March 18, 2026
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Haïti : la DINEPA renforce la mobilisation nationale pour mettre fin à la défécation à l’air libre d’ici 2030

La Direction Nationale d’Eau Potable et d’Assainissement (DINEPA) a organisé, le mercredi 19 novembre 2025, une importante journée d’atelier et de réflexion à l’hôtel Montana autour du mouvement citoyen “Fin de la Défécation à l’Air Libre (FDAL) / Watè Atè Kaba “. Réunissant des représentants d’institutions publiques, privées et de partenaires techniques, cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la Journée mondiale des toilettes, célébrée cette année sous le thème ” Les toilettes dans un monde de mutation “. L’objectif central : dresser un bilan clair des progrès réalisés, analyser les obstacles persistants et accélérer la mise en œuvre de la feuille de route nationale du FDAL.

Lors de la rencontre, la DINEPA a présenté un état des lieux préoccupant de l’assainissement en Haïti. Selon les données dévoilées, près de 20 % de la population urbaine et 40 % de la population rurale pratiquent encore la défécation à l’air libre, principalement en raison de l’absence ou de l’insuffisance d’installations sanitaires dans les écoles, les centres de santé, les espaces publics et même dans de nombreux foyers. Cette réalité constitue une menace majeure pour la santé publique, l’environnement et le développement durable.

Dans son intervention, le Directeur général de la DINEPA, M. Théophile Ostinvil, a salué les efforts accomplis dans la mise en œuvre du plan décennal 2022-2032 visant l’élimination totale de cette pratique. Il a rappelé que la défécation à l’air libre est un fléau très ancien en Haïti, dont les conséquences ont été dramatiquement exacerbées par l’épidémie de choléra introduite en 2010. Une enquête menée en 2015 auprès de 35 000 ménages dépourvus de toilettes avait révélé que seules 1 500 familles avaient été touchées par les campagnes de sensibilisation, confirmant l’ampleur du défi.

Pour sa part, la Coordonnatrice générale de la DINEPA, Mme Edwige Petit, a souligné que la FDAL, lancée officiellement en 2015 par les Nations unies, peine encore à prendre toute l’ampleur nécessaire. Selon elle, l’absence de moyens, le manque d’engagement institutionnel et la persistance de mauvaises habitudes sociales expliquent la lenteur des progrès. Certaines institutions publiques ou privées ne disposent toujours pas de toilettes fonctionnelles pour leurs usagers, tandis que de nombreux ménages continuent de déverser leurs excréments dans les ravines, exposant la population à des maladies féco-orales telles que le choléra ou la diphtérie.

Au cours de la journée, plusieurs panels thématiques ont été organisés, mettant en lumière les actions menées depuis décembre 2024, date de relance officielle du mouvement “Watè Atè Kaba ” . Les discussions ont porté sur le coût de l’inaction, l’impact de la défécation à l’air libre sur le tourisme, les investissements de la diaspora, ainsi que sur la nécessité de décentraliser la stratégie FDAL à travers les ressources humaines présentes dans les institutions. Chaque entité participante a présenté des pistes de solutions adaptées à ses missions et à sa zone d’intervention.

Les échanges ont également mis en avant la responsabilité des ministères et organismes impliqués dans la lutte contre cette pratique. Le MICT, le MPCE, le MEF, le MTPTC et l’UCLBP ont discuté des mesures de régulation, notamment l’intégration d’exigences sanitaires obligatoires dans les processus d’octroi de permis de construire ou d’habiter. Le MHAVE, en collaboration avec le MAEC et le MCC, doit renforcer la sensibilisation au sein de la diaspora, notamment à travers un spot de communication destiné aux médias communautaires, aux consulats et aux ambassades. D’autres ministères, dont celui du Tourisme et celui de la Jeunesse et des Sports, sont appelés à assurer la maintenance des toilettes dans les sites historiques, infrastructures sportives et lieux de culte.

Pour conclure cette journée d’atelier, les participants ont élaboré une liste d’actions prioritaires à mettre en œuvre dans les trois prochains mois, chacune adaptée aux missions de leurs institutions respectives. La DINEPA s’est engagée à accompagner étroitement les acteurs concernés, tout en rappelant que l’objectif ultime reste inchangé : parvenir à un pays sans défécation à l’air libre d’ici 2030. Un défi ambitieux, mais indispensable pour améliorer durablement la santé, l’environnement et la dignité de toutes les communautés haïtiennes.

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Miracson Mondesir

Miracson Mondesir, originaire de Mirebalais, est un journaliste professionnel. Rédacteur polyvalent, ayant la capacité de traiter plusieurs sujets avec succès notamment la politique et la culture. Il pratique le journalisme pour être utile à sa communauté.