Fillette haïtienne morte en RD: un silence qui accuse deux États
La mort tragique de Stephora Joseph, une fillette haïtienne de 11 ans lors d’une activité scolaire en République dominicaine aurait dû provoquer une réaction immédiate, claire et responsable des autorités concernées. Au lieu de cela, un silence assourdissant s’est installé. Ni le ministère de l’Éducation dominicain, ni l’administration de l’établissement n’ont pris la parole pour éclairer les circonstances de ce drame. Dans un contexte déjà marqué par la vulnérabilité des familles migrantes haïtiennes, cette absence de communication institutionnelle est non seulement troublante, mais profondément indigne.
Ce mutisme prolongé nourrit les interrogations et laisse libre cours aux inquiétudes légitimes de la famille, qui cherche désespérément à comprendre ce qui est arrivé à leur enfant. Comment expliquer qu’une élève soit transportée à l’hôpital sans que ses parents n’en soient informés ? Comment justifier qu’une mère soit conduite à la morgue sans aucune explication préalable ? Lorsque les institutions s’effacent ainsi, elles transforment un accident possible en un scandale national, marqué par l’opacité et l’irresponsabilité.
Plus préoccupant encore, le côté haïtien semble tout autant absent. L’ambassade d’Haïti en République dominicaine, qui aurait dû être alertée dès les premières heures, n’a reçu aucune information officielle. Ce manque d’initiative diplomatique laisse une famille haïtienne seule face à une machine institutionnelle qui ne lui parle pas, ne la soutient pas et ne la protège pas. Dans une affaire impliquant une mineure haïtienne à l’étranger, ce silence équivaut à un abandon.
Il est inadmissible qu’un drame impliquant un enfant, survenu dans un cadre scolaire censé garantir sécurité et supervision, se transforme en un labyrinthe d’omissions, d’inactions et de non-dits. Ce qui s’est passé relève d’un dysfonctionnement grave. d’un côté, une administration scolaire dominicaine qui refuse d’assumer sa responsabilité de transparence ; de l’autre, un État haïtien qui n’assure même pas un minimum d’accompagnement consulaire à ses ressortissants en détresse.
La famille réclame justice, vérité et soutien des demandes élémentaires, humaines, auxquelles les deux gouvernements doivent répondre sans délai. Les autorités dominicaines doivent mener et rendre publique une enquête sérieuse, tandis que l’État haïtien a le devoir moral et diplomatique d’accompagner pleinement cette famille. Tant que les deux pays s’entêteront à garder le silence, la méfiance grandira, et un drame évitable deviendra un symbole supplémentaire de l’invisibilité et de la négligence dont souffrent trop souvent les Haïtiens vivant à l’étranger.

