Saturday, July 25, 2026
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Partis politiques haïtiens : la crise les fait vivre, la crise leur profite

En Haïti, la crise n’est plus seulement une tragédie nationale. Elle est devenue un environnement politique. Un décor permanent. Un système dans lequel certains acteurs ont appris à survivre, à négocier et à maintenir leur influence.

Depuis des années, les partis politiques se présentent comme des solutions à la crise. Ils dénoncent l’insécurité, condamnent l’instabilité, réclament des élections et promettent de reconstruire l’État. Mais une question dérangeante mérite d’être posée : que deviendraient certains d’entre eux si la crise disparaissait ?

Dans une démocratie fonctionnelle, le pouvoir se conquiert dans les urnes. Le citoyen choisit, le vainqueur gouverne et l’échec se paie politiquement. En Haïti, l’absence prolongée d’élections a profondément bouleversé cette logique. Le bulletin de vote a parfois été remplacé par la négociation, la légitimité populaire par des arrangements entre acteurs et le peuple par des représentants qui parlent en son nom sans toujours retourner devant lui.

C’est là que réside l’un des grands paradoxes de la crise haïtienne. Certains partis affirment vouloir sortir le pays du chaos, mais continuent d’évoluer dans un système où le chaos leur garantit une place. Plus les institutions sont faibles, plus les négociations deviennent importantes. Plus les élections sont repoussées, plus certains acteurs peuvent conserver une influence qu’ils devraient normalement soumettre au jugement des électeurs.

Il ne s’agit pas d’accuser tous les partis politiques de vouloir prolonger la crise. Ce serait injuste et intellectuellement simpliste. Mais il serait tout aussi dangereux de refuser de poser la question des intérêts. Qui gagne de l’instabilité ? Qui conserve son influence lorsque les élections n’ont pas lieu ? Qui revient régulièrement à la table des négociations malgré l’absence de résultats concrets ?

La crise a créé une nouvelle forme de pouvoir : le pouvoir de la négociation permanente. On peut perdre une élection et rester influent. On peut échouer au gouvernement et revenir dans une nouvelle structure politique. On peut dénoncer un système aujourd’hui et participer à sa reproduction demain.

Pendant ce temps, le peuple paie.
Il paie par la peur, la pauvreté, le chômage, les déplacements forcés, la fermeture des écoles et l’effondrement des services publics. Il paie le prix d’une crise dans laquelle il est souvent le principal perdant, mais rarement le véritable décideur.

La question est donc simple, mais dérangeante : les partis politiques haïtiens veulent-ils réellement sortir de la crise, ou certains ont-ils appris à vivre grâce à elle ? Car une Haïti stable imposerait une nouvelle règle du jeu : des élections régulières, une légitimité populaire, des résultats mesurables et des responsabilités assumées.

Dans un pays stable, il faudrait convaincre les électeurs. Dans un pays où les institutions fonctionnent, il faudrait produire des résultats. Dans un pays où la reddition de comptes existe, il faudrait répondre de ses échecs.

Mais dans une crise permanente, les règles changent. Un parti sans véritable poids électoral peut devenir incontournable dans une négociation. Un responsable qui a échoué peut revenir au pouvoir sous une nouvelle formule. Un acteur politique peut perdre dans les urnes et gagner autour d’une table.

Le bulletin de vote est alors remplacé par l’accord politique. Et le peuple est relégué au rang de spectateur.
Certains perdent leur maison. Certains perdent leur emploi. Certains perdent leur entreprise. Certains perdent leur vie.Et certains, peut-être, gagnent de l’influence.C’est là toute l’indécence du système.

Pendant que la population paie le prix du chaos, des acteurs politiques continuent de négocier des postes, des alliances et des espaces de pouvoir. Pendant que le pays s’effondre, le jeu politique, lui, continue.

Haïti ne manque pas de partis politiques. Elle manque d’un système politique capable de les contraindre à rendre des comptes. La véritable question n’est donc plus seulement : comment sortir Haïti de la crise ? Il faut aussi demander : qui perdrait son influence si Haïti devenait enfin stable ?

Parce qu’après la crise, il n’y aurait plus d’excuses.Il faudrait des élections.Il faudrait des résultats. Il faudrait rendre des comptes.Et peut-être que certains partis politiques ne craignent pas uniquement la crise.

La crise les fait vivre. La crise leur profite. Mais la fin de la crise pourrait, pour certains, signifier la fin d’un système.

pascalfleuristil2018@gmail.com

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Pascal Fleuristil

Je suis Pascal Fleuristil, originaire de l'Arcahaie. J'ai étudié la communication à l'ISNAC. Passionné du journalisme, Je m’intéresse à tous les sujets d'intérêt général.

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