Affaire Jovenel Moïse : Badio et 17 Colombiens extradés malgré une interdiction du juge instructeur
Le transfert de Joseph Félix Badio et de 17 anciens militaires colombiens vers les États-Unis soulève de nouvelles interrogations dans le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse. Une ordonnance rendue le 15 septembre 2026 par le juge d’instruction Jean Denis Cyprien aurait pourtant expressément interdit tout déplacement des inculpés sans son autorisation. Malgré cette instruction, les 18 détenus ont été extradés dimanche vers les États-Unis.
Selon une copie de l’ordonnance consultée par la rédaction, le juge Cyprien avait demandé aux responsables de la Police nationale d’Haïti (PNH) et de l’Administration pénitentiaire nationale (APENA) de ne donner suite à aucun ordre visant à déplacer les inculpés détenus dans le cadre de cette affaire, lorsqu’un tel ordre ne provenait pas de lui. Le magistrat avait également transmis le document au ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, au président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), Jean-Joseph Lebrun, ainsi qu’au commissaire du gouvernement.
Quelques jours après cette ordonnance, Joseph Félix Badio et les 17 anciens militaires colombiens ont pourtant quitté Haïti à destination des États-Unis. Leur transfert, effectué dans le cadre de la coopération judiciaire entre Port-au-Prince et Washington, intervient alors que le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse fait l’objet de procédures judiciaires dans les deux pays. Les autorités américaines doivent désormais poursuivre leur procédure contre les suspects transférés sur le territoire américain.
Cette situation soulève une question institutionnelle majeure : comment une décision de transfert a-t-elle pu être exécutée alors qu’une ordonnance judiciaire demandait explicitement de ne pas déplacer les inculpés sans l’accord du magistrat instructeur ? L’identité de l’autorité ayant ordonné ou validé le transfert, ainsi que le fondement juridique invoqué, deviennent dès lors des éléments essentiels pour comprendre les circonstances de cette extradition.
Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, le dossier franchit ainsi une nouvelle frontière, mais laisse derrière lui une question qui reste, elle, en Haïti : entre l’ordre du juge et la décision de transférer les détenus, quelle autorité a finalement prévalu ?
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