Kenscoff : Après la reconquête, le défi de consolider les territoires repris aux gangs
La reprise des territoires contrôlés par les groupes armés ne saurait se limiter à des opérations ponctuelles. Pour empêcher le retour des gangs, l’État doit pouvoir maintenir une présence sécuritaire durable et rétablir progressivement ses institutions. Dans cette stratégie, les Forces armées d’Haïti pourraient jouer un rôle important, en complément de la Police nationale d’Haïti.
Chasser les groupes armés d’un quartier ou d’un axe routier constitue une victoire opérationnelle, mais pas nécessairement une victoire durable. L’expérience haïtienne montre que les espaces abandonnés par les forces de sécurité peuvent rapidement redevenir vulnérables à une nouvelle offensive. La véritable difficulté commence donc après la reconquête : comment tenir le terrain et empêcher les gangs de reprendre leurs positions ?
C’est à ce niveau que la question du rôle des Forces armées d’Haïti prend toute son importance. Dans un dispositif clairement défini, l’armée pourrait contribuer à sécuriser et à maintenir certains espaces stratégiques repris, notamment les grands axes routiers, les infrastructures essentielles et les points d’accès aux zones nouvellement libérées. Cette mission ne devrait toutefois pas se confondre avec celle de la PNH, dont les responsabilités en matière de police, d’enquête et de maintien de l’ordre doivent rester clairement établies.
La consolidation nécessiterait également une présence permanente du renseignement. Reprendre un territoire sans neutraliser les réseaux permettant aux groupes armés de se réorganiser risque de produire un résultat temporaire. La surveillance des mouvements, des voies d’approvisionnement et des points de regroupement deviendrait ainsi un élément central de la stratégie.
Mais sécuriser un territoire ne signifie pas uniquement y déployer des hommes en uniforme. Le retour de l’État doit accompagner le retour de la sécurité. Commissariats, tribunaux, écoles, centres de santé, administrations locales et autres services publics doivent progressivement reprendre leurs activités. Sans cette présence institutionnelle, le vide laissé par les groupes armés peut rapidement être occupé par de nouvelles structures de pouvoir.
La protection des populations devra également rester au cœur de cette démarche. Les opérations de sécurisation doivent être conduites dans le respect des droits humains et avec des règles d’engagement clairement définies. L’objectif n’est pas simplement de contrôler physiquement un espace, mais de permettre aux habitants de reprendre une vie normale, de circuler librement et de retrouver leurs activités économiques et sociales.
Une autre question se pose : celle des groupes d’autodéfense. Face à l’absence de protection, certaines communautés peuvent chercher à organiser leur propre sécurité. Mais à long terme, la multiplication de groupes armés non étatiques peut compliquer le rétablissement du monopole de la force publique. La consolidation devra donc également passer par le désarmement et l’intégration des mécanismes de sécurité dans un cadre institutionnel contrôlé par l’État.
Le scénario pourrait ainsi reposer sur une succession de responsabilités : les forces de sécurité reprennent les espaces occupés, les Forces armées contribuent à leur sécurisation et à leur maintien, la PNH rétablit progressivement ses fonctions policières et l’administration publique revient avec les services essentiels.
Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le nombre de territoires repris, mais la capacité de l’État à les conserver. En Haïti, la bataille contre les gangs pourrait finalement se jouer moins dans la conquête d’un quartier que dans les semaines et les mois qui suivent sa libération.
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