Tuesday, July 21, 2026
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La santé mentale des policiers haïtiens: jusqu’à quand le silence ?

À chaque attaque contre un commissariat, à chaque embuscade tendue contre une patrouille, à chaque policier assassiné, c’est une partie de la Police nationale d’Haïti qui s’effondre silencieusement.

Depuis plusieurs années, l’insécurité n’a pas seulement coûté des vies. Elle a également laissé des blessures invisibles, profondes et durables chez des centaines de policiers.

Au-delà des affrontements armés, nombreux sont ceux qui ont vu leurs maisons incendiées ou occupées par des groupes armés, perdant en quelques heures un patrimoine construit au prix de toute une vie de sacrifices. D’autres ont dû abandonner leurs quartiers, fuir avec leurs familles ou recommencer leur existence à zéro. Mais les pertes matérielles ne sont rien face aux drames humains.

Des policiers ont vu leurs épouses, leurs enfants, leurs parents, leurs frères ou leurs sœurs devenir les cibles directes des gangs, simplement parce qu’ils portent l’uniforme. Certains ont enterré leurs proches. D’autres vivent avec la peur permanente qu’un appel téléphonique leur annonce un nouveau drame. Cette souffrance dépasse largement le cadre professionnel, elle atteint leur identité, leur famille et leur équilibre émotionnel.

La psychologie nous enseigne qu’une exposition prolongée à des événements traumatiques peut provoquer un trouble de stress post-traumatique (TSPT), une dépression majeure, des troubles anxieux, une hypervigilance chronique, des troubles du sommeil, des comportements agressifs, un isolement social ainsi qu’une consommation excessive d’alcool ou d’autres substances pour tenter d’apaiser une douleur intérieure devenue insupportable.

Lorsque ces traumatismes s’accumulent sans être pris en charge, ils peuvent conduire au désespoir.

Les suicides enregistrés au sein de la Police nationale au cours de ces dernières années dont les cas recensés ces deux derniers jours (dimanche 19 et lundi 20 juillet 2026) ne devraient pas être considérés comme de simples faits divers. Ils doivent être interprétés comme des signaux d’alarme. Derrière chaque policier qui met fin à ses jours se cache souvent une souffrance psychologique silencieuse, longtemps ignorée, parfois minimisée.

Pourtant, dans la plupart des institutions policières modernes, le soutien psychologique fait partie intégrante du fonctionnement de l’organisation. Des psychologues accompagnent les agents après des opérations traumatisantes, assurent un suivi confidentiel, organisent des séances de débriefing et mettent en œuvre des programmes de prévention du suicide.

Pourquoi cette réalité est-elle absente au sein de la Police nationale d’Haïti ?

Créer un département de psychologie ne représenterait pas une dépense superflue, mais un investissement stratégique. Un policier psychologiquement soutenu prend de meilleures décisions, gère davantage son stress, réduit les risques d’épuisement professionnel et demeure plus efficace dans sa mission de protection de la population.

On demande aux policiers d’être courageux face aux balles, de protéger les citoyens au péril de leur vie, de rester debout malgré les deuils, les déplacements forcés, les pertes matérielles et les menaces permanentes. Mais qui protège leur santé mentale ?

Comment une institution dont la mission est de servir et protéger peut-elle continuer à négliger la protection psychologique de ses propres agents ?

La véritable force d’une police ne se mesure pas uniquement à son armement ou à ses effectifs. Elle se mesure aussi à la manière dont elle protège les femmes et les hommes qui la composent.

Aujourd’hui, une question s’impose à l’État haïtien et aux responsables de la sécurité publique : Faudra-t-il encore attendre que d’autres policiers se donnent la mort avant de reconnaître que la santé mentale des forces de l’ordre est devenue une urgence nationale ?

Chaque jour de silence coûte peut-être une vie de plus. Et lorsqu’un policier s’effondre psychologiquement, ce n’est pas seulement un homme ou une femme que l’on perd, c’est une institution qui s’affaiblit et une société entière qui en paie le prix.

La police nationale d’Haïti a besoin d’un département psychologique en urgence.

Lovely Charles

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